
Quand le marais déborde ou s’assèche
Il y a des jours où l’on se sent trop rempli, ça déborde
Trop de pensées.
Trop d’émotions.
Trop de fatigue accumulée.
Trop de choses que l’on a retenues, parfois sans même s’en rendre compte.
Et puis il y a d’autres jours où tout semble vide.
On ne sait plus vraiment ce que l’on ressent.
On ne trouve plus l’élan.
On se sent loin de soi, comme si quelque chose s’était retiré à l’intérieur.
Le marais traverse lui aussi ces extrêmes.
Selon les saisons, il peut être recouvert d’eau ou presque entièrement asséché. Pourtant, dans un cas comme dans l’autre, il continue d’exister.
Peut-être peut-il nous apprendre à regarder autrement nos propres variations intérieures.
Le marais comme miroir de nos émotions
Un marais n’est jamais tout à fait immobile.
Son niveau change avec les pluies, les saisons, les vents et les périodes de sécheresse.
Certains jours, l’eau envahit les chemins. Les limites deviennent floues. Les repères disparaissent sous la surface.
D’autres fois, elle se retire et laisse apparaître une terre craquelée, des traces, des racines et tout ce qui demeurait invisible.
Nos émotions fonctionnent parfois de la même manière.
Elles montent, se retirent, débordent ou semblent disparaître.
Pourtant, nous avons souvent appris à considérer ces mouvements comme un problème.
Nous pensons que nous devrions rester stables, disponibles, calmes et capables de continuer comme si rien ne nous atteignait.
Mais l’intérieur humain n’est pas un paysage figé.
Il possède lui aussi ses pluies, ses sécheresses et ses saisons de transition.
Quand l’intérieur déborde

Le trop-plein émotionnel ne surgit pas toujours brusquement.
Il peut se construire lentement.
Une contrariété que l’on minimise.
Une parole que l’on ne dit pas.
Une fatigue que l’on repousse.
Une inquiétude que l’on garde pour soi.
Une adaptation de plus, alors que l’on était déjà au bord de ses limites.
Chaque élément semble supportable pris séparément.
Puis un jour, une remarque, un imprévu ou une petite déception suffit à tout faire déborder.
Ce n’est pas forcément cet événement qui est trop important.
C’est parfois tout ce qu’il vient rejoindre.
Comme un marais déjà saturé par les pluies, nous n’avons simplement plus d’espace pour absorber davantage.
Dans ces moments-là, nous pouvons nous reprocher notre réaction.
Nous nous trouvons trop sensibles, trop émotifs ou incapables de prendre du recul.
Pourtant, le débordement n’est pas une faiblesse.
Il peut être le signal que quelque chose a été contenu trop longtemps.
Avant de chercher à nous calmer à tout prix, nous pouvons peut-être commencer par nous demander :
Qu’est-ce que je retiens depuis trop longtemps ?
Quand tout semble vide
À l’inverse, certaines périodes ressemblent davantage à un marais asséché.
Les émotions paraissent lointaines.
On avance sans véritable envie.
On ne sait plus ce qui nous ferait du bien.
Même ce que l’on aime habituellement semble perdre ses couleurs.
Ce vide peut faire peur.
Nous pouvons vouloir le remplir très vite avec du bruit, des écrans, des activités, des achats, des projets ou la présence constante des autres.
Tout plutôt que de rester face à cette sensation.
Mais le vide n’est pas toujours une absence.
Il peut être une forme de protection.
Après une période intense, le corps et l’esprit peuvent ralentir. Ils réduisent le mouvement pour préserver ce qu’il reste d’énergie.
Le vide peut aussi apparaître lorsque nous avons passé beaucoup de temps à nous adapter aux autres.
À force de répondre aux attentes, de prendre soin, de comprendre, d’anticiper ou de maintenir l’équilibre autour de nous, nous pouvons finir par ne plus savoir ce qui nous anime réellement.
La terre paraît sèche.
Pourtant, sous la surface, la vie n’a pas forcément disparu.
Elle attend parfois simplement des conditions plus douces pour revenir.
Le marais entre trop-plein et silence
Il y a des jours où le marais déborde.
L’eau recouvre les chemins, efface les repères et prend toute la place.
Comme certaines émotions.
Elles montent lentement, puis soudain, nous remplissent entièrement.
Et il y a des jours où le marais semble vide.
La terre se craquelle, les oiseaux se font plus rares et l’on pourrait croire que toute vie l’a quitté.
Comme ces moments où l’on ne ressent plus rien.
Où l’on se croit asséché à l’intérieur.
Pourtant, le marais n’est pas perdu lorsqu’il déborde.
Il n’est pas mort lorsqu’il s’assèche.
Sous l’eau comme sous la terre sèche, la vie continue de préparer la suite.
Nous aussi, nous traversons des trop-pleins et des grands vides.
Le trop-plein nous invite à laisser s’écouler ce que nous retenons depuis trop longtemps.
Le vide nous demande de ne pas nous remplir trop vite de bruit, de présence ou d’agitation.
Car entre les deux existe un espace plus doux.
Celui où l’on peut accueillir ce qui est là, sans chercher immédiatement à le faire disparaître.
Ne pas vouloir changer de saison trop vite
Lorsque nous débordons, nous voulons souvent retrouver immédiatement le calme.
Lorsque nous nous sentons vides, nous voulons ressentir de nouveau quelque chose.
Cette réaction est compréhensible.
Nous cherchons naturellement à quitter ce qui nous met mal à l’aise.
Mais en voulant modifier trop vite notre état intérieur, nous risquons de ne pas entendre ce qu’il essaie de nous dire.
Le trop-plein a peut-être besoin d’être exprimé avant d’être apaisé.
Le vide a peut-être besoin d’être respecté avant d’être rempli.
Il ne s’agit pas de rester enfermé dans une émotion ni de renoncer à aller mieux.
Il s’agit de ne pas se faire violence pour aller plus vite que soi.
Un marais ne retrouve pas son équilibre en un instant.
L’eau s’écoule peu à peu.
La terre absorbe ce qu’elle peut.
La pluie revient lorsque la saison change.
La végétation reprend là où elle semblait avoir disparu.
Nous aussi, nous avons besoin de temps pour retrouver notre juste niveau intérieur.
Retrouver doucement son niveau intérieur
Il n’existe pas une seule manière de revenir à soi.
Lorsque l’intérieur déborde, certaines personnes ont besoin de parler. D’autres ont besoin d’écrire, de marcher, de pleurer, de créer ou simplement de rester seules un moment.
Lorsque le vide s’installe, il peut être plus juste de commencer par quelque chose de très simple.
Ouvrir une fenêtre.
Sortir quelques minutes.
Regarder un arbre bouger.
Écouter les oiseaux.
Poser une main sur son ventre.
Faire une seule chose qui ne demande ni performance ni résultat.
L’objectif n’est pas de provoquer immédiatement une transformation.
Il s’agit seulement de recréer un peu de présence.
Nous pouvons aussi nous poser deux questions :
Qu’est-ce qui prend trop de place en moi aujourd’hui ?
Qu’est-ce qui me manque réellement ?
Les réponses ne viennent pas toujours tout de suite.
Mais les questions peuvent déjà ouvrir un passage.
Accueillir ses propres saisons
Nous ne sommes pas obligés d’être toujours parfaitement remplis.
Ni constamment calmes.
Ni disponibles à chaque instant.
Il y aura des périodes d’élan et des périodes de retrait.
Des moments où tout semblera vivant, et d’autres où l’intérieur paraîtra silencieux.
Cela ne signifie pas que nous avons perdu notre chemin.
Nous avons simplement besoin d’apprendre à reconnaître nos propres saisons.
Le marais n’a pas honte de déborder.
Il ne se juge pas lorsqu’il s’assèche.
Il traverse.
Et peut-être est-ce aussi ce que nous avons à apprendre : ne plus nous demander sans cesse comment nous devrions être, mais écouter ce que notre paysage intérieur essaie de nous montrer.
En ce moment, te sens-tu plutôt comme un marais inondé… ou comme une terre asséchée ?


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