
Il arrive qu’une émotion surgisse et que, presque aussitôt, nous la mettions en accusation.
« Je ne devrais pas ressentir cela. »
« Je réagis vraiment trop fort. »
« Je suis trop sensible. »
« Les autres y arrivent bien, pourquoi pas moi ? »
Nous ne cherchons plus à comprendre ce qui se passe en nous. Nous décidons immédiatement que notre réaction est mauvaise, excessive ou injustifiée.
Quand notre propre ressenti devient suspect
Se juger au lieu de s’écouter est l’un des signes que nous nous sommes éloignés de nous-mêmes.
Notre attention n’est plus tournée vers ce que nous ressentons, mais vers ce que nous pensons devoir ressentir. Nous observons nos émotions depuis l’extérieur, comme si elles devaient obtenir une autorisation pour exister.
Peu à peu, nous finissons par douter de nos propres perceptions :
- Est-ce que j’exagère ?
- Ai-je vraiment le droit d’être blessé ?
- Est-ce que je ne suis pas simplement trop exigeant ?
- Pourquoi est-ce que je n’arrive pas à passer au-dessus ?
Au lieu d’entendre le message contenu dans notre émotion, nous cherchons une raison de ne pas l’écouter.
Une voix intérieure devenue plus sévère que nous
Cette manière de nous juger peut s’être construite au fil des remarques, des comparaisons et des attentes auxquelles nous avons tenté de correspondre.
À force d’entendre qu’il fallait être plus raisonnable, plus fort, moins sensible ou moins compliqué, nous avons parfois appris à nous corriger avant même de nous comprendre.
La voix des autres devient alors une voix intérieure. Elle surveille, compare et condamne. Elle nous éloigne progressivement de nos besoins, de nos limites et de ce qui est juste pour nous.
Ne plus savoir ce que l’on ressent vraiment
Lorsque chaque émotion est immédiatement jugée, il devient difficile de savoir ce que nous éprouvons réellement.
Nous analysons au lieu de ressentir.
Nous minimisons ce qui nous blesse.
Nous nous forçons à accepter ce qui ne nous convient pas.
Nous cherchons à être légitimes plutôt qu’à être sincères avec nous-mêmes.
Le jugement prend tellement de place que notre propre voix finit par devenir presque inaudible.
Reconnaître ce fonctionnement ne signifie pas porter un nouveau jugement sur soi. C’est simplement remarquer qu’à force de vouloir être la personne que nous pensions devoir être, nous avons peut-être cessé d’écouter celle que nous sommes.
