Les croyances limitantes : ces pensées que l’on prend pour des vérités

Les croyances limitantes : ces pensées que l’on prend pour des vérités

« Je n’ai jamais de chance. » « Si je dis ce que je pense, on va me rejeter. » « Je dois être forte et me débrouiller seule. »

Les croyances limitantes se cachent souvent derrière ces petites phrases intérieures que nous répétons sans plus les remettre en question.

Certaines pensées reviennent si souvent que nous finissons par ne plus les considérer comme des pensées. Elles deviennent des évidences, des règles silencieuses à partir desquelles nous interprétons les événements et prenons nos décisions.

C’est ainsi qu’une croyance limitante peut influencer notre vie sans que nous en ayons réellement conscience.

Elle ne nous dit pas seulement ce que nous pensons. Elle nous indique aussi ce que nous croyons possible, dangereux ou inaccessible pour nous.

Qu’est-ce qu’une croyance limitante ?

Une croyance est une conviction que nous considérons comme vraie à propos de nous-mêmes, des autres ou du monde.

Certaines croyances nous soutiennent :

  • je peux apprendre de mes erreurs ;
  • j’ai le droit de demander de l’aide ;
  • ma valeur ne dépend pas uniquement de mes réussites ;
  • un désaccord ne signifie pas nécessairement la fin d’une relation.

D’autres réduisent notre liberté intérieure. Elles nous empêchent d’essayer, de poser une limite, de saisir une occasion ou de croire qu’un changement est possible.

On parle alors de croyance limitante.

Elle peut prendre la forme d’une affirmation très directe :

« Je suis incapable de réussir. »

Mais elle peut aussi être plus discrète :

« Ce n’est pas pour les gens comme moi. »

« Il vaut mieux ne pas trop espérer. »

« Les autres passent toujours avant moi. »

« Pour être aimé, je dois être utile. »

Une croyance limitante n’est pas forcément totalement fausse. Elle peut être née d’une expérience réelle. Ce qui la rend limitante, c’est qu’elle transforme une situation particulière en règle générale et qu’elle continue à orienter notre vie même lorsque le contexte a changé.

Comment une croyance se construit-elle ?

Nous ne naissons pas en pensant que nous ne sommes pas assez bien, que nous devons tout contrôler ou que nos besoins dérangent.

Ces idées se construisent progressivement.

Elles peuvent venir :

  • des paroles entendues pendant l’enfance ;
  • de l’attitude de personnes importantes ;
  • des rôles occupés dans la famille ;
  • d’expériences répétées de critique, d’échec ou de mise à l’écart ;
  • des attentes sociales ou culturelles ;
  • d’un événement particulièrement marquant ;
  • de conclusions tirées lorsque nous ne disposions pas encore du recul nécessaire.

Un enfant qui entend régulièrement qu’il est maladroit peut finir par croire qu’il est incapable.

Celui qui est surtout félicité lorsqu’il rend service peut conclure qu’il doit être utile pour mériter l’attention.

Une personne dont les émotions ont été minimisées peut apprendre que ressentir intensément est un défaut ou que parler de ses besoins dérange.

La croyance permet alors de donner une explication à ce qui se passe :

« Si l’on ne m’écoute pas, c’est que ce que je ressens n’est pas important. »

Cette conclusion peut sembler protéger de l’incertitude. Elle donne un sens à l’expérience. Mais elle peut ensuite continuer à fonctionner comme une vérité, bien après la situation qui lui a donné naissance.

Quand une pensée devient une règle intérieure

Une croyance limitante agit comme un filtre.

Elle attire notre attention vers tout ce qui semble la confirmer et rend moins visibles les expériences qui pourraient la contredire.

Si je crois que je ne suis pas intéressant, je remarquerai particulièrement les moments où quelqu’un ne m’écoute pas. Je pourrai, en revanche, minimiser les échanges durant lesquels une personne se montre réellement attentive.

Si je crois que je vais échouer, chaque difficulté deviendra une preuve de mon incapacité. Mes réussites seront attribuées à la chance, à l’aide des autres ou au fait que la tâche était finalement facile.

La croyance se renforce alors elle-même :

  1. Je crois que je ne suis pas capable.
  2. Je ressens de la peur ou du découragement.
  3. Je n’ose pas essayer ou j’abandonne rapidement.
  4. Je n’obtiens pas le résultat espéré.
  5. J’en conclus que je n’étais effectivement pas capable.

Ce mécanisme peut donner naissance à un schéma répétitif. Nous reproduisons certains comportements et obtenons des résultats qui paraissent confirmer ce que nous pensions déjà.

La croyance finit ainsi par ressembler à une preuve, alors qu’elle a participé à créer la situation.

Les croyances limitantes les plus courantes

Certaines croyances concernent notre valeur :

  • je ne suis pas assez bien ;
  • je ne mérite pas d’être aimé ;
  • je suis trop sensible ;
  • je n’ai rien d’intéressant à apporter ;
  • les autres sont plus légitimes que moi.

D’autres concernent les relations :

  • si je montre qui je suis, on me rejettera ;
  • aimer signifie tout accepter ;
  • un désaccord risque de détruire le lien ;
  • je dois deviner les besoins des autres ;
  • si quelqu’un m’aime, il doit savoir ce dont j’ai besoin sans que je le dise.

Certaines touchent à l’action et à la réussite :

  • je dois être certain de réussir avant de commencer ;
  • une erreur prouve que je ne suis pas fait pour cela ;
  • il est trop tard pour changer ;
  • réussir attirera les critiques ;
  • je dois tout maîtriser avant de me lancer.

Enfin, d’autres influencent notre rapport à nos propres besoins :

  • penser à moi est égoïste ;
  • me reposer signifie être paresseux ;
  • demander de l’aide est un signe de faiblesse ;
  • je dois mériter le droit de recevoir ;
  • mes besoins sont moins importants que ceux des autres.

Nous pouvons reconnaître plusieurs de ces croyances sans qu’elles aient toutes la même force. Certaines n’apparaissent que dans un domaine précis, tandis que d’autres semblent traverser une grande partie de notre vie.

Reconnaître une croyance limitante

Une croyance ne se présente pas toujours en annonçant : « Bonjour, je suis une vieille conviction qui dirige tes choix. »

Elle se cache souvent derrière des phrases automatiques :

  • je suis comme ça ;
  • je n’ai pas le choix ;
  • cela se passe toujours ainsi ;
  • personne ne peut vraiment me comprendre ;
  • je n’y arriverai jamais ;
  • les autres savent mieux que moi ;
  • ce n’est pas raisonnable d’essayer.

Les mots toujours, jamais, tout le monde, personne, forcément ou impossible peuvent signaler qu’une situation particulière a été transformée en vérité générale.

Nous pouvons également repérer une croyance en observant les situations dans lesquelles nous nous empêchons d’agir avant même d’avoir essayé.

Lorsque nous renonçons, nous pouvons nous demander :

Qu’est-ce que je crois qu’il va se passer si j’essaie ?

La réponse révèle parfois davantage que le renoncement lui-même.

Distinguer un fait d’une croyance

Un fait peut être observé ou vérifié.

« Je n’ai pas été retenu pour ce poste » est un fait.

« Je ne suis pas suffisamment compétent pour réussir professionnellement » est une interprétation devenue croyance.

« Cette personne n’a pas répondu à mon message » est un fait.

« Je ne compte pour personne » est une conclusion beaucoup plus large.

« J’ai échoué à cette tentative » décrit un événement.

« Je rate tout ce que j’entreprends » transforme cet événement en définition de soi.

Faire cette distinction ne consiste pas à nier ce qui est difficile. Cela permet d’éviter qu’une expérience douloureuse devienne une condamnation générale et définitive.

Remettre une croyance en question

Transformer une croyance ne signifie pas remplacer mécaniquement une pensée douloureuse par son contraire.

Répéter « Je réussis tout » lorsque nous ne le croyons pas risque seulement de créer une nouvelle lutte intérieure.

Une pensée plus juste doit rester crédible.

Au lieu de :

« Je suis incapable », nous pouvons essayer :

« Je ne sais pas encore si j’en suis capable, mais je peux apprendre ou avancer par étapes. »

Au lieu de :

« Personne ne s’intéresse à moi » :

« Certaines relations ne répondent pas à mes besoins, mais cela ne signifie pas que je ne peux compter pour personne. »

Au lieu de :

« Je dois toujours être disponible » :

« Je peux aimer les autres sans être disponible à chaque instant. »

L’objectif n’est pas de fabriquer une vision artificiellement positive. Il est de remplacer une règle rigide par une pensée plus ouverte, plus précise et plus respectueuse de la réalité.

Un exercice pour observer ses croyances

Lorsqu’une émotion forte ou un blocage apparaît, prenez quelques instants pour compléter ces quatre phrases :

La situation :
Que s’est-il réellement passé ?

Ma pensée automatique :
Qu’ai-je immédiatement pensé à propos de moi, des autres ou de l’avenir ?

La croyance cachée :
Quelle règle cette pensée semble-t-elle contenir ?

Une pensée plus juste :
Que pourrais-je me dire qui reconnaisse la difficulté sans me condamner ?

Par exemple :

La situation : une personne refuse ma proposition.

Ma pensée automatique : mes idées ne valent rien.

La croyance cachée : si une personne n’approuve pas mon idée, cela signifie que je ne suis pas compétent.

Une pensée plus juste : cette proposition n’a pas été retenue, mais elle ne définit pas la valeur de toutes mes idées ni ma capacité à progresser.

Répéter cet exercice permet peu à peu de créer un espace entre ce que nous pensons automatiquement et ce que nous choisissons de croire.

Choisir ce que nous voulons encore croire

Nous ne sommes pas responsables de toutes les croyances que nous avons reçues ou construites.

Mais, une fois qu’elles deviennent visibles, nous pouvons commencer à décider si elles correspondent encore à la personne que nous sommes aujourd’hui.

Certaines croyances nous ont aidés à nous adapter, à rester prudents ou à conserver une place dans notre environnement. Les abandonner peut donc être inconfortable, même lorsqu’elles nous font souffrir.

Changer ne consiste pas simplement à penser autrement. Cela demande aussi de vivre de petites expériences capables de contredire l’ancienne règle : dire non et constater que le lien ne disparaît pas, demander de l’aide, essayer sans tout maîtriser ou exprimer une opinion personnelle.

Chaque expérience nouvelle dépose une possibilité différente.

Une croyance n’est pas une vérité gravée en nous. C’est une histoire que nous avons répétée suffisamment longtemps pour ne plus entendre qu’elle pouvait être racontée autrement.

Revenir à soi, c’est aussi retrouver la liberté de choisir les pensées qui continueront à guider notre chemin.


Avez-vous déjà découvert qu’une pensée que vous considériez comme une vérité était en réalité une ancienne croyance ? Vous pouvez partager votre expérience dans les commentaires, avec vos mots et à votre rythme.


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