Prendre soin de soi quand son enfant traverse la maladie

Prendre soin de soi quand son enfant traverse la maladie
Jeune fille assise sur son lit d’hôpital avec sa peluche pendant une hospitalisation.
Derrière les examens et les inquiétudes, préserver aussi les instants de douceur.

Il suffit parfois de quelques mots prononcés par un médecin pour que tout ce qui semblait stable vacille.

Prendre soin de soi quand son enfant est malade peut alors sembler impossible, voire déplacé.

Avant, il y avait les journées ordinaires, les projets, les préoccupations habituelles. Puis la maladie entre dans la vie de son enfant et tout semble soudain tourner autour des examens, des rendez-vous, des résultats et d’un avenir devenu incertain.

Dans ces moments-là, penser à soi peut paraître déplacé. Presque indécent. Comment écouter sa fatigue, ses émotions ou ses propres besoins quand son enfant traverse quelque chose d’aussi important ?

Pourtant, revenir à soi ne signifie pas se détourner de lui. C’est essayer de ne pas disparaître entièrement derrière ce que l’on doit affronter.

Quand le rôle de parent prend toute la place

Lorsque la maladie touche son enfant, on ne choisit pas vraiment de devenir forte. On avance parce qu’il le faut.

On écoute les médecins. On retient des mots que l’on aurait préféré ne jamais apprendre. On organise les journées, on rassure, on répond aux questions et l’on tente de rendre la vie aussi normale que possible.

Pendant ce temps, une autre partie de nous observe tout cela avec peur, sans toujours avoir l’espace pour l’exprimer.

Le rôle de parent finit alors par occuper presque toute la place. On devient celle qui gère, qui accompagne, qui anticipe. Nos propres émotions sont repoussées à plus tard, comme si elles pouvaient attendre dans un coin sans faire de bruit.

Mais elles ne disparaissent pas. Elles restent là, derrière la fatigue, les pensées qui tournent, l’irritabilité ou ce besoin étrange de s’occuper de choses qui paraissent soudain secondaires.

Penser à autre chose n’est pas aimer moins

Dans une épreuve, l’esprit ne reste pas constamment concentré sur ce qui fait peur. Il cherche parfois une porte de sortie.

On peut penser à l’argent, au travail, à une relation, à une tâche en retard ou à un détail du quotidien. Puis la culpabilité arrive :

Comment puis-je penser à cela alors que mon enfant est malade ?

Mais penser à autre chose ne signifie pas que l’on ne mesure pas la gravité de la situation. Cela peut simplement être une manière de reprendre son souffle.

L’esprit détourne parfois le regard quelques instants parce que regarder la peur en face sans interruption serait trop douloureux.

Ce n’est pas un manque d’amour. Ce n’est pas de l’indifférence. C’est une protection, souvent instinctive, qui permet de continuer à avancer sans s’effondrer d’un seul bloc.

Être forte ne veut pas dire ne rien ressentir

On confond facilement la force avec le contrôle.

Être forte serait ne pas pleurer, ne pas avoir peur, ne pas se plaindre et rester disponible à chaque instant.

Mais tenir ne signifie pas devenir insensible.

On peut rassurer son enfant et pleurer ensuite. On peut garder espoir tout en redoutant l’avenir. On peut être reconnaissante pour l’accompagnement médical et trouver la situation profondément injuste.

Ces émotions ne s’annulent pas : elles coexistent.

La véritable solidité n’est peut-être pas de tout contenir. Elle consiste aussi à reconnaître ce qui nous traverse, avant que le corps ou l’épuisement ne finissent par parler à notre place.

Revenir à soi au milieu de la tempête

Revenir à soi, dans une telle période, ne ressemble pas forcément à une longue pause, à une journée de repos ou à un grand changement de vie.

Cela peut tenir dans quelques minutes.

C’est se demander :

Qu’est-ce que je ressens, là, maintenant ?

C’est reconnaître :

J’ai peur. Je suis fatiguée. J’ai besoin de souffler.

C’est accepter une main tendue sans se dire que l’on devrait pouvoir tout porter seule.

C’est marcher un peu, regarder le ciel, prendre une photo, respirer dehors ou parler à quelqu’un sans avoir à faire semblant d’aller bien.

Ces gestes ne font pas disparaître la maladie. Ils créent simplement un petit espace intérieur où l’on peut continuer d’exister autrement que dans l’inquiétude.

Comme un arbre sous le vent, on ne protège pas mieux ses branches en oubliant ses racines.

Prendre soin de ce qui nous maintient debout n’est pas abandonner ceux que l’on aime.

Ne pas ajouter la culpabilité à la douleur

Il n’existe pas de manière parfaite de traverser la maladie de son enfant.

Certains jours, on se sent capable de faire face. D’autres jours, une parole, un silence ou une pensée suffit à faire tomber l’équilibre.

On peut avoir envie de parler, puis vouloir que tout le monde nous laisse tranquille. On peut être très présente et, quelques instants plus tard, avoir besoin de retrouver une part de vie ordinaire.

Rien de cela ne mesure l’amour que l’on porte à son enfant.

La culpabilité exige souvent de nous une présence impossible : elle voudrait que chaque pensée, chaque émotion et chaque minute soient entièrement consacrées à l’autre.

Mais un être humain ne peut pas vivre durablement ainsi.

S’autoriser à respirer ne retire rien à l’enfant. Cela évite seulement que la peur prenne toute la place, en lui comme en nous.

Rester près de son enfant sans se quitter soi-même

Accompagner un enfant malade transforme les priorités, le rapport au temps et parfois la vision de l’avenir.

On ne ressort pas tout à fait intacte de certaines annonces. Pourtant, au milieu de ce bouleversement, il reste possible de préserver un fil avec soi.

Ce fil peut être fragile. Certains jours, il ne tient qu’à un instant de calme, une promenade, une présence rassurante ou quelques larmes enfin laissées libres.

Mais il existe.

Revenir à soi, ici, n’est donc pas se choisir à la place de son enfant. C’est refuser que la maladie emporte aussi toute notre identité, toute notre énergie et tout ce qui, en nous, sait encore aimer, créer, espérer et accompagner.

Parce que prendre soin de soi ne nous éloigne pas de ceux que nous aimons.

Parfois, c’est précisément ce qui nous permet de rester auprès d’eux.


Et vous, lorsque la vie vous demande d’être forte pour quelqu’un que vous aimez, parvenez-vous encore à entendre ce dont vous avez besoin ?


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